improvisation pour André Chenet

 

ce que je ressens chez toi Chenet Poète

est avant tout une très grande justesse

aussi bien dans le ton

que dans la mesure des colères

le corps est là incandescent

ce corps fait de livres aimés

fait de paysages d’amour

cette nuit

plus nuit que nuit

où fleurissent les mots d’amour

des douleurs aussi des cris

tu dis si justement

qu’il faut être

brûlés par les terres traversés

 

la chance nous a permis de pouvoir aimer

sans doute trop

et d’être aimé

sans doute trop

mais dans ces corps à corps

sont nées les certitudes

qui permettent d’approcher avec une certaine fougue

ces traîtres et ces ogres

que sont les avatars de la mort et du temps

qui veulent nous cacher

la beauté des moments

qui poussent en nous

et que notre délire fait voler

par la sensation du corps qui renaît

sur les ailes du chaos

 

voilà je dresse le portrait d’une certaine perfection

d’un être multiple différent

seul dans sa différence

mais qui aime et qui est aimé

de façon assez magique

mais voilà qu’on n’est pas seuls

car

 

« ils triturent les lunes

écorchent les orchidées

incarcèrent les sources »

 

on ne peut être plus clair

sur ce lent suicide de notre terre

ce suicide vécu tous les jours

cet élan qui nous emporte

et risque de ne pas nous ramener

 

la victoire des ‘weed killers’

est partout installée

je tiens beaucoup à ce cri de douleur

de la terre fait corps dans le poème

dans le corps de l’artiste

qui n’en peut plus

qui voit l’orchidée

et qui ne la voit plus

qui cherche le serpent de l’aube

dans l’agonie des abeilles mortes

 

je suis une mauvaise herbe

dans l’argile du futur impossible

je suis la main de l’enfant qui touche

mais ne cueille pas

je suis à quatre pattes dans l’oliveraie

roquette et pissenlit

asperge et fève

ce matin est à moi

est au poème

mais quelle précarité

on ne peut pas élever assez haut

les murs de pierres sèches

on ne peut pas contenir les feux mafieux

 

et pourtant on se doit de lutter

on se doit d’écrire

 

« ils éclaboussent la terre

avec du sang »

 

ils brûlent les mauvaises herbes

ils aiment la tabula rasa

le ciment des platitudes

ils refont la virginité de la prostituée

avec leur produits bâtards envenimés

qui tuent

 

tu voyages donc là

en parallèle avec moi

dans le sud de la Méditerranée

au climat magnifique

où l’on danse encore quelquefois

sur des musiques

aux influences multiples

d’un temps où l’on se tenait la main

entre êtres différents

sans vouloir se ressembler

sans vouloir se confondre

dans un portrait assaini d’ennui extrême

 

« il pleut la terre grossit

les jonquilles répandent

leurs si douces chansons

dans les herbes nouvelles »

 

j’aime ces livres qu’il faut relire

qui viennent doucement

qui ne révèlent pas leur secret au premier abord

il faut se protéger bien sûr

car même nos ennemis nous lisent

et plus qu’on ne le croit

ceux qui sèment la mort partout

celles qui tuent avec des formulaires

qui inventent de nouvelles tortures chaque matin

 

ne pas ponctuer

qui sait lire lira

sans ce cache sexe de prudes averties

qui voudra viendra

il ne faut pas croire en la forme

mais il ne faut pas négliger la beauté

car elle existe

et nous ne sommes que des moments

d’instabilité

de feu

de vision

de jets

de touchers

 

« je vous écoute herbes mortes

à l’orée des racines

où s’abreuvent les lèvres

des fleurs souterraines »

 

notre tendresse si fragile

qui ne peut vraiment se dire

qui peut se chuchoter entre amants

qui peut se chanter à l’orée de deux temps inégaux

à l’interstice d’humeurs inconscientes

qui respirent l’enfant en nous

et qui nous dit les mots à déclamer

tout doucement

sur un lit tendu entre oliviers du soir

où le vent caresse la nudité du désir

 

« je vous écoute ma tendre terre

ma fidèle et souriante amie

j’écoute votre nuit

qui mûrit mes mots d’amour »

 

 

Aimez ce poète, André Chenet, lisez ce livre merveilleux d’une vérité incroyable, respirez ce corps fort de sa tendresse à l’échelle de l’infini : SECRET POEME, AUX EDITIONS CHEMINS DE PLUME. Il ne faut pas tarder … le temps presse.

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